CULTURE ET TANGO |
A
quoi pense-t-en lorsqu’on parle de “tango
argentino”? A ces airs rythmiques
mais mélancoliques, à la sensualité,
au va-et-vient mi-ludique, mi-érotique entre
homme et femme: “It takes two to tango.”
A l’origine, cette danse, née à la fin du XIXe siècle dans les quartiers populaires de Buenos Aires, est au carrefour des multiples influences qu’ont apportées les immigrants européens, surtout espagnols et italiens, auxquelles se mèle la milonga, rythme musical des anciens esclaves noirs africains.
L’histoire explique aussi l’érotisme de cette danse: elle permettait aux hommes, venus nombreux chercher fortune, pour un nombre de femmes très limité, de l’emporter dans le jeu de la séduction.
Le tango semble avoir trouvé ses origines dans la habanera hispano-cubaine, véhiculée lors des fréquents contacts marchands entre le port de La Havane à Cuba et celui de Buenos Aires en Argentine.



C’est
au XXe siècle que le tango acquiert
ses lettres de noblesse, quand les jeunes bourgeois argentins
l’introduisent
dans la société parisienne, toujours à
la recherche de nouveaux
amusements. C’est par ce détour en Europe que le
tango connaîtra une popularité
encore plus grande dans son pays natal
Au début, le tango est interprété par de très petits groupes de musiciens jouant de la flûte, de la guitare et parfois même en utilisant un peigne recouvert de papier à cigarettes en guise d'instrument à vent.
L'impulsion sera
donné au tango à travers la voix de Carlos
Gardel, un argentin émigré en France.
Avec l'arrivée du rock dans les années 50, le
tango tombe rapidement
dans l'oubli. Il faudra l'arrivée du compositeur Astor
Piazzola dans
les années 70 pour qu'il redevienne à la mode. On
parle de " tango
nuevo ". Il devient une musique de concert. Le rythme traditionnel
laisse place à un rythme plus nuancé avec une
respiration différente.
Il rompt avec la continuité rythmique obsédante
utilisée pour la danse.
.
On peut se poser la question sur l'origine du nom même du Tango. La réponse sera bien difficile car chacun aura sa propre version. On utilisait le mot "tango" au XIXème siècle en Espagne pour désigner un bâton. Certains disent que le mot proviendrait de l'incapacité des noirs africains à prononcer le mot tambour ou "tambor" en espagnol, et qui se serait transformé en "tango", mais les hypothèses sont bien nombreuses.
A la fin du XIXème siècle, Buenos Aires est une ville qui vit une expansion démographique importante, amplifiée par l'émigration en provenance de nombreux pays. Beaucoup d'espagnols et d'italiens, mais aussi une vague d'immigration d'allemands, de hongrois, d'arabes et de juifs. Tous ces émigrés vont former une classe ouvrière déracinée, pauvre, et avec peu de moyens de communications entre eux en raison de la barrière linguistique. Les hommes quittaient leur pays en quête de fortune, si bien que la population de Buenos Aires se composaient de près de 70% d'hommes.
De deux millions d'habitants en 1870, l'Argentine passe alors à quatre millions 25 ans plus tard. La moitié de cette population se concentre à Buenos Aires où le pourcentage d'étranger atteint 50%. Les Gauchos et les Indiens de l'intérieur du pays viennent aussi gonfler les chiffres.
On commence
à danser le Tango dans des lieux malfamés, si
bien que la nouvelle danse est vite associée à
l'ambiance des bordels
vu que les prostituées et les femmes de chambres sont les
seules femmes
présentes lors de ces réunions.
D'ailleurs,
le Tango est dansé de façon très
"corporelle", il est
provocateur, explicite; c'est une danse très
éloignée des moeurs
puritaines de la bonne société de le
l'époque.
Peu à peu, des chansons vont venir accompagner le tango. Mais les paroles sont la plupart du temps très obscènes et leurs titres peu équivoques...
Avant de figurer dans
les grands salons de danse du monde
occidental, le tango va se transporter depuis son berceau
très
populaire jusqu'à Paris où il obtiendra enfin ses
titres de noblesse.
Mais comment est-il allé jusque là ? Il est bien
difficile de répondre à cette question...
Les jeunes de "la bonne société" de Buenos Aires n'ont aucun scrupule à se rendre dans les quartiers populaires de la ville pour s'amuser, danser, tenter de draguer une jeune fille, "une milonguita", qui n'attendait que cela d'ailleurs. Et pour s'approcher de la femme inconnue, rien de mieux que le Tango.
La danse restera donc pendant encore quelques années dans les quartiers populaires de Buenos Aires.
